Initialement, cet article est pensé comme un complément un peu capricieux à ce papier que j’ai publié en juin pour IGN France à l’occasion du mois des fiertés. En le rédigeant, j’étais frustré de ne pas pouvoir caler davantage de yuri (je devais me limiter à 5 nouveautés du mois et 5 séries déjà terminées, tout en intégrant un maximum d’identités queer). Pas facile de tout caler et c’est dans ces moments-là qu’avoir un blog, c’est vachement pratique pour blablater un peu trop selon nos envies.
Nous y voilà, après un certain retard (je voulais sortir l’article en juin, puis juillet, mais les canicules et mes priorités de pigiste ont repoussé l’article jusqu’à maintenant). Une sélection de 10 mangas yuri que j’apprécie. J’ai pris soin de ne pas inclure de titre déjà abordé sur le blog, donc exit les I Can’t Say No to the Lonely Girl et The Moon on a Rainy Night. Le tag dédié est là pour aider à rattraper le fil.
Comme il s’agit d’un assez long billet, une table des matières est là pour mieux s’y retrouver et checker rapidement les titres qui vous intéressent. Bonne lecture !
Table des matières :

Adachi et Shimamura
Amusant que l’on ait jamais parlé de ces deux-là sur le blog. On est pourtant sur deux de mes idiotes amoureuses préférées, principalement parce qu’elles (surtout Adachi) sont souvent un peu gênantes (c’est affectueux).
Elles ont leurs problèmes, aussi, et pas des moindres. Shimamura vit assez mal ses relations sociales, souvent peu émotives, et se sent ainsi à distance des autres, comme si elle était trop détachée de ce qui l’entoure. Quant à Adachi, une relation difficile et étrangement conflictuelle avec sa mère a suscité chez elle des problèmes d’attachement sévères. Couplé à son attirance naissante pour Shimamura, la pauvre gère extrêmement mal ses sentiments et multiplie les tentatives bizarres pour se rapprocher d’elle, tout en développant une dépendance désastreusement forte.
Une sacrée paire qui a surtout besoin d’une bonne thérapie chez le psy, mais on est dans un manga yuri. Ici, c’est donc par le biais de la tranche de vie et de leur romance que les deux vont parvenir à évoluer. Malgré le fait qu’elles soient clairement en dépression, et je le dis sérieusement – notamment pour Shimamura qui est un cas évident de dépression latente assez difficile à percevoir de l’extérieur – le titre garde un ton léger, souvent plus proche de la comédie que du drame. La psychologie de ses personnages reste travaillée et il y a de quoi avoir des pincements au cœur, ce n’est juste pas une œuvre qui verse dans le pathos.
Au contraire, la série retranscrit avec une certaine fidélité la maladresse adolescente, avec de nombreux moments vraiment juste bizarres et malaisants, quasi toujours initiés par Adachi. Du bon cringe qui sait rester bienveillant avec ses personnages. La relation de co-dépendance que développent les deux au fil du récit est également abordée, même si on le constate encore assez peu dans la (lente) publication française.

Je parle ici de la version publiée par Meian, soit l’adaptation manga par Moke Yuzuhara d’un light novel originellement écrit par Hitoma Iruma et illustré par Nozomi Ousaka. Une première adaptation avait vu le jour entre 2016 et 2017, mais s’est interrompue après 3 tomes. L’actuelle en compte 8 (dont 5 publiés en français). Concernant l’auteur original, Hitoma Iruma, j’appréciais déjà son travail sur une précédente œuvre, Ground Control to Psychoelectric Girl (Denpa Onna to Seishun Otoko), dont j’avais déjà parlé sur ce blog à une époque trop lointaine pour que j’ose vous mettre un lien. Si j’en retiens surtout son excellent opening, l’œuvre partage avec nos deux amoureuses certains gimmicks d’écriture, comme la présence d’une mystérieuse gamine en costume d’astronaute venue d’on ne sait où. Le genre de fantaisie aléatoire que j’apprécie particulièrement. À noter qu’il est également à l’écriture de la série de romans spin-off de Bloom Into You, Regarding Saeki Sayaka, concentrés sur ce personnage. J’ai plus de réserves sur les autres œuvres de l’auteur, qui a fait pas mal de yuri dans sa carrière avec parfois des retours mitigés.
Pour Adachi et Shimamura, on reste sur une valeur sûre du genre et un titre très accessible par son aspect de romance lycéenne introspective. C’est ni le plus original ni le plus niche pour débuter, mais ça m’a au moins donné une occasion de parler de ce titre que j’affectionne beaucoup.

#Gal x Gal Yuri
La seule chose de « straight » ici, c’est le titre qui résume l’essentiel à savoir sur le manga. Initialement publié comme un one-shot en juin 2025 avant de devenir une série à part entière en septembre de la même année, il s’agit aussi de la dernière série en date d’Inoue, une mangaka principalement connue pour The Duke of Death and His Maid.
Deux meilleures amies, Yua et Reina, décident de sortir ensemble sur un coup de tête. Le one-shot initial met en scène la première année de cette nouvelle relation, tandis que la suite pousse logiquement un peu plus loin l’idée. On est là sur une série qui cherche juste à être très wholesome et excelle dans cette simplicité. Ce qui marche surtout, c’est la tendresse partagée entre les deux héroïnes. Dans leur amour, mais aussi la manière dont leur couple et leur mode de vie (elles adoptent un style gyaru – d’où le titre – voulant se démarquer des normes avec un côté très exubérant). Des « singularités » qui ne sont jamais marquées négativement par le titre et laissent au contraire tout couler comme si ce petit univers bienveillant était, justement, la norme. Inutile de préciser pourquoi ce genre d’approche est agréable à lire. Donc si en plus on peut avoir une romance mignonne et toute douce, nous voilà doublement gagnants !
La série est récemment revenue d’un hiatus de plusieurs mois, certainement pour mieux préparer la suite avec le succès qu’elle rencontre. Cela se remarque avec la présence un peu plus marquée des personnages secondaires, et des « arcs thématiques » qui donnent davantage de corps au récit, jusque-là surtout une succession de moments sans liens très particuliers. La série étoffe son histoire et son casting, un changement encore récent mais qui donne déjà de chouettes choses. Très prometteur pour la suite !

GIRL FRIENDS
On reste dans la romance lycéenne avec un classique du genre, GIRL FRIENDS de Milk Morinaga. On y suit Mariko, une adolescente timide et réservée, qui va se lier d’amitié avec Akiko, la jolie fille populaire et trendy de sa classe. Leur relation va évidemment prendre une tournure plus intense rapidement, entremêlant craintes complexées et réflexions sur la nature réelle de leurs sentiments l’une pour l’autre.
C’est un schéma bien classique que l’autrice exécute ici brillamment, avec un bon mélange entre humour, les introspections menées par ses héroïnes et une touche de drama. Il y a un bon panel de personnages secondaires, notamment Tamami l’otaku très très otaku et Satoko la meneuse d’hommes. Littéralement, puisqu’elle sort avec 5 garçons simultanément, tous bien mis au courant. L’assurance qu’elle affiche en fait un personnage à la fois intimidant mais aussi intrigant. Il y a aussi quelques garçons qui apparaissent (ce qui peut être rare dans un yuri) mais servent essentiellement à apporter la pointe de drama dans l’intrigue. Ce ne sont pas pour autant des personnages détestables, juste assez anecdotiques et principalement retenus pour leur fonction dans l’histoire, au moins pour l’instant.
Publié de 2006 à 2011, le titre sent bon son époque, dans le bon et le mauvais sens du terme. Pour le positif, on retrouve un trait à l’esthétique particulièrement marquée des années 2000, avec des traits fins et des character designs anguleux. Ça me rappelle beaucoup Failed Princesses, publié bien plus tard (2018-2021) mais dont le dessin renvoyait vers une nostalgie de cette époque. D’ailleurs, les deux titres partagent un cadre plutôt proche (shy x popular girl). De quoi recommander à nouveau ce titre, que l’on peut estimer être une version modernisée de GIRL FRIENDS.

Ce dernier accuse par endroits son âge, notamment en ayant la main un peu facile sur la nudité. Pas si surprenant puisque Milk Morinaga a débuté sa carrière en faisant du hentai yuri (dont certains semblent bien douteux) et même ses productions plus récentes gardent un côté plutôt ardent. Néanmoins, si je ne peux parler pour ces autres œuvres, la nudité – et autres passages dits « fan service » – me renvoient beaucoup à du ecchi masculin standard dans la manière dont il est représenté. C’est l’aspect du titre qui a le moins bien vieilli et le principal reproche que je lui retiens pour l’instant. Ce n’est pas au point de ruiner la lecture non plus, mais c’est suffisamment présent pour prévenir.
Je triche un poil pour parler de ce manga, n’ayant lu que 2 tomes sur 5 (+ 1 publié comme doujin), mais le titre me parait suffisamment « essentiel » dans le champ de la romcom yuri des années 2000 pour être évoqué. Il était disponible chez Taifu, il fut un temps, mais est en arrêt de commercialisation depuis longtemps (rejoint depuis peu par Secret Girlfriends, autre titre de l’autrice). Pour le lire, il faut se tourner vers l’édition anglaise chez Seven Seas. Enfin, Morinaga Milk est une autrice récurrente du magazine yuri auto-édité Galette, dont la campagne Kickstarter pour l’édition anglophone de son 6ème numéro va débuter dans le courant du mois. Un projet à suivre avec attention (et peut-être que je vais en profiter pour en parler prochainement sur le blog, qui sait ?)1.

Goodbye, My Rose Garden
Une série régulièrement citée comme une pépite cachée du yuri. Une take que je partage, sinon elle ne serait pas dans cette sélection. Un coup de cœur, même, qui n’est pas sans frustrations (et ce n’est pas tellement la faute de l’œuvre ni de son autrice).
Dans l’Angleterre victorienne, une jeune Japonaise, Hanako, débarque à la recherche de son écrivain préféré, mais se retrouve plutôt embrigadée comme nouvelle domestique d’une noble du coin, Alice. Elle est prête à aider sa nouvelle employée à obtenir ce qu’elle veut, à la seule condition que Hanako la tue en retour.
Le titre assume d’emblée son accent féministe très appuyé et aborde en largeur la position des femmes dans la société, les attentes à leur égard et la manière dont leurs vies sont instrumentalisées pour d’autres intérêts (souvent masculins). Leur émancipation par la culture – Hanako étant une grande lectrice (quelle horreur !) et Alice elle-même autrice (quelle horreur !!) – est aussi soulignée. La recherche par Hanako de son auteur préféré est étroitement liée à ce sujet, les livres de ce dernier l’ayant profondément aidée à surmonter une période difficile.
Une belle ambition que le titre emploie dans une histoire certes prévisible mais très joliment incarnée par la relation entre ses deux héroïnes qui vont rapidement devenir essentielles l’une pour l’autre. Le tout dans un cadre historique superbement retranscrit. Pour la petite histoire, peu avant de lire la série, je sortais du magnifique Emma de Kaoru Mori, qui se déroule à une époque similaire, et Goodbye, My Rose Garden n’avait clairement pas à rougir dans sa manière d’illustrer l’Angleterre victorienne !

Une très belle œuvre, donc, qui n’a cependant pas eu beaucoup de chance puisqu’elle a été annulée après seulement trois tomes. La fin parvient à retomber plus ou moins correctement pour être satisfaisante, on sent que l’autrice aurait voulu explorer davantage ses nombreuses thématiques. Le potentiel était immense, mais le monde éditorial japonais a préféré couper l’herbe sous le pied de ce qui reste un très beau manga. Triste de voir qu’encore maintenant, ce phénomène se poursuit toujours avec l’annonce récente de l’annulation de Wicked Spot, pourtant fraîchement sorti par Vega (pourtant filiale de Kadokawa, l’éditeur japonais du titre). Pour en revenir à Goodbye, My Rose Garden, on peut aussi souligner que le titre n’a pas eu de chances jusqu’à son édition française, initialement annoncée pour le 26 mars… 2020 (et qui sortira finalement le 27 aout de la même année).
Une série qui se recommande chaudement malgré tout, car elle reste une œuvre forte et affirmée, appuyée par le très beau trait de Dr. Pepperco. Après de nombreuses participations à des anthologies, la mangaka a lancé une nouvelle série depuis l’été 2025 avec Aruiwa, Watashi no Meitantei (littéralement « Or, my great detective ») sur deux lycéennes qui s’improvisent détectives (dont une malgré elle) pour résoudre les petits tracas de leur entourage. Le début est prometteur avec une belle alchimie qui s’installe entre protagonistes tout en posant petit à petit un fil rouge plus prenant en fond (j’en parlais déjà ici !). En espérant qu’on laisse cette fois l’autrice aller au bout de ses idées !

L’amour de Belladonna
Une nouveauté très récente, puisque sortie au début du mois. Je l’attendais de pied ferme depuis son annonce par Naban en fin d’année dernière, déjà bien séduit par son trait atypique quand je le voyais passer en ligne.
Ce recueil consigne trois one-shots de Ruu1mm, une mangaka à la carrière jeune mais déjà prolifique, avec une dizaine de one-shots créés depuis le début des années 2020 et principalement du BL/GL. Ceux compilés dans L’amour de Belladonna sont autant de récits saphiques, dans des registres et des longueurs différentes. La première, la plus longue (120 pages), est aussi celle qui donne son titre à cette anthologie et montre la rencontre entre une fille maudite tuant tout ce qu’elle touche et une peintre en quête de succès. La seconde, « La bien-aimée du prince » (50 pages), raconte l’amitié naissante entre deux adolescentes fan d’un même manga. Enfin, « La petite sirène » (20 pages) suit le vide laissé par le départ d’une nageuse auprès d’une de ses camarades.
La star, c’est évidemment ce premier one-shot éponyme à l’ouvrage. L’histoire reste simple mais est totalement sublimée par le trait de l’autrice. Il a un côté assez brut, proche du crayonné par moments, mais il en ressort une incroyable douceur. J’aime particulièrement ce que cela donne sur les personnages, surtout sur la longue chevelure éparse de Belladonna et l’obscurité de ses yeux. Une partie des enjeux de l’histoire est de retranscrire en dessin la beauté des choses qui nous entourent et c’est parfaitement retranscrit graphiquement. Idem pour la composition qui illustre à merveille la tendre relation qui se développe entre ses deux héroïnes ainsi que ses moments plus sombres. Bref, le titre était attendu pour ses qualités graphiques et il ne déçoit absolument pas.


Ce que j’attendais moins, c’était justement une histoire aussi…mignonne ? Pour être un peu provoc’, j’ai presque envie de parler de fluff quand je vois ses deux protagonistes faire quasiment vie commune dans ce charmant cadre forestier et une bonne humeur quotidienne. Il y a bien des moments de tensions, très bien menés, mais rien d’aussi « extrême » que ce que j’avais anticipé. Ce qui n’est pas une critique, juste le constat d’une surprise sincère.
Toujours est-il qu’il s’agit d’une très belle histoire. Simple dans son idée, certes, sur le fait de ne pas laisser les autres décider à notre place de notre bonheur, mais brillamment racontée pour ne pas sembler superficielle. L’évolution de Bella, son attachement avec Anna la peintre et son émancipation sont autant d’aspects touchants au fil de ce one-shot. Vous l’aurez compris, on est sur un énorme coup de cœur.
Les autres histoires sont aussi très belles, même si je vais moins m’étendre dessus. « La bien-aimée du prince » est plus classique avec son cadre lycéen, mais reste très mignonne avec l’amour naissant d’une des héroïnes et une manière de montrer le caractère performatif du genre. La dernière, « La Petite Sirène », j’ai moins accroché à son récit plus cryptique. Sa mélancolie marche bien et son atmosphère reste assez marquante. Je suis juste pas certain d’avoir tout compris à l’histoire. Je suis peut-être un peu bête, aussi.
Dans l’ensemble, on reste sur un bel ouvrage dont je recommande chaudement la lecture. Cela fait extrêmement plaisir de voir un éditeur proposer des anthologies yuri de ce genre, surtout avec une proposition graphique aussi unique. C’est également une autre manière d’apporter de la diversité à l’offre francophone actuelle, avec une variété dans le type d’histoires et leurs styles visuels. Je ne serais pas contre de voir débarquer chez nous celles de Shio Usui ou de Yukiko. J’espère que le titre va connaître son petit succès et inspirer d’autres éditeurs à oser davantage ce genre d’originalité !

Les Guerres invisibles
Contrairement au précédent titre, Les Guerres invisibles de Marina Lisa Komiya correspond au récit douloureux escompté. En racontant la recherche mutuelle de deux femmes lesbiennes dans le Japon de l’après-guerre, le manga offre une fresque historique crue et glaçante sur les réalités de l’époque. Le titre brasse plutôt large avec un total de quatre protagonistes (deux soldats américains, l’un gay, l’autre d’origine japonaise) pour une variété de sujets brillamment traités. Ça va de l’impossibilité de vivre son homosexualité au grand jour à la prostitution des femmes japonaises, pour lesquelles c’est souvent devenue la dernière nécessité de survie. Il y est aussi beaucoup question de la diaspora japonaise aux États-Unis, avec des populations souvent contraintes de refaire leur vie dans un environnement qui les isole matériellement, par des camps de concentration, mais aussi « simplement » par la non-maîtrise de la langue, comme symboliquement en empêchant l’accès à la nationalité américaine. Ou même des conflits générationnels, ou des divergences idéologiques, sur la manière dont il faut aborder cette nouvelle vie : s’accommoder bon gré mal gré à la culture américaine ou entretenir coûte que coûte ses racines japonaises.
Un sacré bout de lecture qui peut intimider, que ce soit par le poids des thématiques abordées ou par la manière très crue dont le manga a de les aborder. Dans les faits, l’expérience est assez fluide grâce à une composition efficace pour dépeindre les émotions de ses quatre protagonistes, aboutissant à une œuvre économe en dialogue. Ça se lit assez vite, donc, et bien, malgré les nombreux passages évidemment très durs (en particulier dans le premier tome, particulièrement cru, voire graphique dans sa manière de mettre en scène le malaise et le désespoir de ses personnages).
Le titre, et son auteurice, ont toutefois le bon goût de ne pas tomber dans la persécution gratuite. Malgré toutes les atrocités et l’affliction qui ressortent de cette histoire, il reste habité par une forme maigre d’espoir qui anime ses personnages tout du long. Une lueur nécessaire pour ce genre de récit où la survie est au centre de chaque décision, même si cela ne change rien à la gravité des situations vécues.
Et le yuri dans tout ça ? Bah c’est compliqué, forcément. Mais il reste là. Suffisamment en tout cas pour justifier la présence de ce titre dans cette sélection. Qui reste de toute manière une lecture essentielle. Difficile, certainement, mais importante.

My Girlfriend Is Devilishly Sweet
Attention, on s’attaque à un titre particulièrement sucré. My Girlfriend Is Devilishly Sweet (Akumade Amai Watashi no Kanojo en VO) est une de mes dernières belles découvertes de 2025. Le manga s’étant conclu en tout début d’année, il est également un de mes coups de cœur de 2026. Il s’agit de la première série de Haru Yatosaki, une autrice spécialisée dans le yuri au CV déjà bien rempli de nombreux one-shots.
L’histoire mêle un savant mélange sucré/spicy entre Mai, son héroïne passionnée de parfaits qui adore en préparer, et Riri, une mi-humaine mi-succube dont le charme ne laisse pas (du tout) indifférente celle-ci. Leur couple est rapidement mis en place, le récit portant surtout sur la construction mutuelle de leur relation. D’un côté, Mai sort d’une rupture compliquée avec son ancienne copine et a peur de rouvrir son cœur. De l’autre, Riri découvre l’amour après avoir vagabondé des années entre des relations sans saveur. Tout est nouveau pour elle, ce qui s’exprime par beaucoup d’enthousiasme dû à la découverte, ainsi que de la maladresse et de l’incompréhension.
Avec son récit très doux, le manga aborde subtilement de nombreux aspects de la vie de couple : l’importance du dialogue, la place du consentement, surtout pour mettre en diapason les attentes et ne pas brusquer sa partenaire dans l’intimité. La sexualité occupe une place importante dans le titre, aussi bien esthétiquement par la part succube de Riri que thématiquement. Sans pudeur, mais sans faire dans le voyeurisme étrange, il met en avant le développement d’une relation saine qui surmonte ses craintes et ses tabous. Le désir de l’autre reste omniprésent, on pourrait même dire que Devilishly Sweet est un manga sur deux jeunes femmes très très horny, sans que ce soit présenté de manière négative ou dégradante. Le titre célèbre plutôt un rapport à la sexualité libéré et apaisé, particulièrement sain.
Il est aussi question, plus largement, de la pluralité des manières d’aimer. Quelques chapitres sont ainsi consacrés à l’ancienne copine et meilleure amie de Mai, et touchent à l’aromantisme (et un peu à l’asexualité ?). C’est fait un peu de loin, mais ça reste suffisamment présent pour aborder cette diversité des rapports à la vie affective, amoureuse comme amicale. Malgré l’emballage très sexy du titre, il se révèle bien plus subtil dans son traitement du sexe qu’on ne pourrait s’y attendre.

On est sur du fluff yuri particulièrement bien construit, qui intègre ses nombreux thèmes à une histoire qui tient globalement de la comédie romantique plus qu’autre chose. C’est très léger à lire, sacrement réconfortant. En 4 tomes, on a le temps de voir la relation entre Mai et Riri bien évoluer et chacune prendre en profondeur. Il y a un côté âme sœur qui marche extrêmement bien et c’est un plaisir de découvrir au fil des chapitres de nouvelles facettes des personnages (comme Riri qui est bien plus consciencieuse que sa personnalité indépendante et candide peut laisser penser).
Le seul petit bémol est la narration parfois abrupte, ce qui a surtout marqué pour la fin. Un héritage, peut-être, de la carrière de l’autrice jusque-là habituée aux histoires courtes, ou au moins une manière de raconter très brute. Beaucoup d’éléments sont résolus en 1, voire 2 chapitres maximum, sans que j’aie trouvé cela spécialement gênant. Au contraire, le titre va plutôt à l’essentiel et c’est ce qui lui permet d’être aussi complet en 4 tomes.
Côté dessin, j’adore le style graphique de Haru Yatosaki. Elle emploie des designs minimalistes tout en ne lésinant pas sur les détails concernant les tenues vestimentaires, coiffures et autres accessoires. Un bonbon pour les yeux avec une esthétique avec beaucoup de personnalité qui réussit à être aussi bien mignon que sexy (et pas mal fashion).
Que ce soit par sa mise en avant régulière de parfaits sacrément gourmands ou sa romance ultra adorable, on est sur un manga éminemment sucré. Mais du bon sucre, dont on peut se permettre d’abuser encore et encore. De cette sélection, My Girlfriend Is Devilishly Sweet est parmi mes préférés et j’espère qu’un éditeur finira par le publier en France. Pour quiconque veut un titre abordant la sexualité lesbienne avec une légèreté sérieuse et une forte qualité graphique, il s’agit là d’un excellent candidat.


Tonari no Seki ga Suki na Hito Datta: Gakusei Yuri Anthology
Une autre anthologie, à la différence que là où L’amour de Belladonna concentre les travaux d’une même autrice, celle-ci réunit les one-shots de différents mangakas autour d’un thème commun. Il existe beaucoup d’ouvrages de ce genre, dans des genres variés, et c’est souvent un bon moyen pour découvrir des auteurices et différentes interprétations d’un même sujet.
Dans Tonari no Seki ga Suki na Hito Datta: Gakusei Yuri Anthology (« A Student Yuri Anthology About Liking The Girl Sitting Next To You »), il est donc question de voisines de classe. Partir d’une idée aussi simple et banale offre certaines libertés, à défaut d’être le plus original. Avoir un contexte aussi universel comme base bénéficie à la narration des histoires qui peuvent rapidement poser leurs bases et élaborer ailleurs. Cela leur permet de développer une variété d’archétypes et de dynamiques entre leurs personnages, voire même de cadres.
Il y a le casting des mangakas sollicité·es sur cette anthologie qui brille, puisqu’on retrouve certains auteurices d’envergure dans le genre yuri de ces dernières années. En tête d’affiche, on trouve Kashikaze (I Can’t Say No to the Lonely Girl) et Kon Fukaumi (A Love Yet to Bloom), auxquelles peuvent s’ajouter Suika Amazaki (7-kakan Gentei Kanojo), Dr. Pepperco (Goodbye, My Rose Garden, encore elle !) ou encore Miyako Miyahara (I Can’t Believe I Slept With You!) et Nekotarou (The Fed-Up Office Lady Wants to Serve the Villainess, récemment annoncé chez Meian). Un sacré casting de mangakas déjà plutôt expérimenté·es pour la plupart, dont quelques expert·es de romance scolaire. Kashikaze, par exemple, confirme à quel point elle maitrise le fluff yuri en contexte scolaire avec une histoire absolument adorable où deux voisines de classe s’échangent des petits mots tout du long. Ça rend la narration un peu originale et niveau wholesome, wow, attention aux excès de sucre. Il y a un paquet de belles choses à découvrir dans ce recueil, comme Right Next to a Happy Ending (Dr. Pepperco) sur une idole et sa fan dessinant des doujins sur elle qui sont secrètement raides dingues l’une de l’autre, rendant la situation particulièrement cocasse. You Are My Only Seatmate (Miyahara Miyako) est pas mal aussi dans son genre, avec deux protagonistes voisines…et aussi seules élèves de leur classe, dans une école située sur une de ces îles relativement isolées du reste de l’archipel.
Pour quiconque apprécie les histoires wholesome (comme moi), cette anthologie est une petite bénédiction exploitant à merveille la simplicité de son thème. Une lecture hautement recommandée pour apaiser un peu son cœur, mais aussi pour quiconque est curieux de découvrir d’une traite plusieurs mangakas, surtout que celle-ci en compte un bon nombre plublié·es en France.

Shoujo Manga Protagonist x Rival-san
J’ai une faiblesse pour les « romcoms à twist ». C’est tout bête, mais prendre à contrepied un élément dans un genre aussi codifié me suffit généralement à y trouver un plaisir rafraîchissant, sinon une curiosité amusante. Shoujo Manga Protagonist x Rival-San est pile dans ce créneau là.
À la base, il y a le schéma standard de beaucoup de romances lycéennes : une discrète héroïne cherche à se rapprocher du beau et populaire garçon de sa classe, mais une rivale vient constamment se mettre en travers de son chemin. Le twist étant, comme suggéré par le titre, que la « rivale » agit ainsi non pas car elle convoite le même garçon. Elle, ce qui l’intéresse, c’est l’héroïne. Une bonne partie de l’histoire repose ainsi sur des quiproquos où les tentatives de « harcèlement » sont simplement des manières très maladroites pour la rivale de courtiser la protagoniste. Par exemple, quand elle reçoit quelque chose de son crush, sa rivale souligne qu’elle ne devrait pas s’enthousiasmer pour si peu…car elle mérite de recevoir des choses bien plus incroyables.
Voilà. C’est l’idée. C’est tout bête. Mais ça me suffit. Surtout que tout le monde semble penser, dans un premier temps, que la rivale est vraiment une harceleuse (alors que pas du tout, c’est important de le préciser). Ce qui rend pas mal de situations assez drôles, comme ses deux acolytes qui ne savent donc plus trop ce qu’elles sont censées faire.
Le manga sait faire évoluer son concept, bien heureusement, et le développement proposé entre les deux principales concernées est même assez bon. Il y a un retournement de dynamique très savoureux à voir, le titre ayant même le bon goût (et la chance) de durer assez longtemps pour que tout se fasse naturellement et de bien profiter de la fin.
C’est un peu tout pour ce titre qui reste assez simple au-delà de la proposition de base (n’espérez pas de développement sur le fait que, techniquement, l’héroïne est bisexuelle, par exemple). Mais c’est déjà largement suffisant pour une œuvre qui avait une idée et l’exécute vraiment bien de bout en bout. Certains gags peuvent faire un poil too much, mais ça reste une minorité sur l’ensemble du manga. Il s’agit essentiellement de chapitres en 4-koma publiés sur le Twitter du mangaka, avant que le manga devienne une série à part entière dans le Gangan Joker, apportant un cadre bien plus clair à la narration2. Enfin, c’est une lecture qui apporte un plaisir profondément cathartique pour quiconque, devant une romance lycéenne, s’est déjà dit que, bon sang, l’héroïne et la rivale seraient vachement mieux ensemble qu’avec le mec.

Un été vers l’inconnu avec toi
On termine par un titre que j’ai déjà abordé sur IGN à sa sortie et j’aimerais en remettre une petite couche aujourd’hui. Pour rappel, il s’agit d’une série en 3 tomes écrite et dessinée par Keyyan portant sur deux jeunes femmes en fin d’études et en galère complète pour trouver un taf après celles-ci. La déconvenue de trop les pousse à s’exiler dans une ancienne maison familiale située sur une île isolée de tout. Une manière de se couper du monde et de dire adieu à une société trop bruyante, à la recherche d’une vie plus simple et apaisée.
Tel était leur plan, du moins, mais le titre montre rapidement les limites de l’échappée de ses protagonistes. Pour vivre sur cette île, il faut retaper la maison, ancienne et délabrée. Trouver un travail, encore, pour payer ces réparations et simplement pouvoir manger. Ses deux héroïnes ne sont pas inconscientes de ces nécessités, mais elles sont aussi complètement abîmées par le fonctionnement épuisant d’une société qui brise davantage les individus qu’autre chose.
Un truc que je retiens volontiers, c’est à quel point l’une des protagonistes a été abîmée par sa recherche d’emploi au point d’en perdre sa propre identité. Devoir se conformer à des attentes, des codes, demandant souvent de ressortir le même discours formaté et impersonnel, est une démarche ni valorisante, ni épanouissante.
Un été vers l’inconnu avec toi n’est pas parfait, loin de là : sa narration est chaotique, graphiquement imprécise, parfois lubrique et sa fin ne va nulle part. Toutefois, j’ai profondément accroché à sa représentation d’une génération perdue à cet âge du « passage à la vie adulte » par l’entrée supposée dans la vie active. Le poids de la normalité, cette pression de la société que l’on n’arrive pas à suivre et à intégrer, est omniprésente dans ce récit. Malgré leur fuite dans un cadre isolé et idyllique, tout les rattrape, et ça traduit plutôt bien le sentiment d’angoisse que ces situations procurent. L’impression qu’il n’y a aucun échappatoire et que même en se sacrifiant personnellement, l’issue peut rester profondément négative.
Je ne vais pas me la jouer youtubeur qui ferait une vidéo « Vous n’avez pas compris ce manga !!!! » en faisant genre que la fin est un coup de génie. Mais un peu quand même ? Plus sérieusement (et je parle de la fin donc, attention, ça va spoil), même si elle sent la série annulée en cours de route (tout se précipite trop vite à un moment, même si l’écriture n’était déjà pas très limpide avant ça), je pense aimer cette fin telle quelle. Elle correspond à l’état d’esprit désespéré que transcrit ce manga, où tous les efforts, même les envies d’échapper à cette réalité douloureuse, finissent par être rattrapés par cette dernière. (Fin de la partie avec spoiler)
Aussi imprécise soit la proposition de Un été vers l’inconnu avec toi, elle a suffisamment résonné en moi pour me marquer durablement. Il ne parvient pas vraiment à en dire quoique ce soit, mais le simple fait d’exposer ce malaise offre une expérience cathartique singulière pour ceux le partageant.

Établir une liste de 10 titres pour cet article s’est avéré plus complexe que je ne l’attendais, principalement quand je devais choisir d’intégrer un titre plutôt qu’un autre. J’ai dû m’y reprendre à plusieurs reprises pour parvenir à la sélection finale. Par exemple, je voulais intégrer à l’origine le très chouette Rainbows After Storms, finalement remplacé par Un été vers l’inconnu avec toi. D’une part, j’avais envie d’en reparler sous cet angle plus personnel, mais aussi pour ne pas caler une énième romance lycéenne. Ça représente malgré tout la moitié de la sélection, ce qui trahit bien mes biais. Idem pour ma préférence envers les titres tout doux qu’on remarque assez clairement ici.
C’est pour cela que, pour conclure, j’aimerais mettre en avant d’autres sites ou comptes parlant de yuri, voire qui leur sont parfois exclusivement consacrés. Cela reste la meilleure façon de s’exposer à davantage de recommandations et de varier les points de vue (notamment féminins et queers) sur des œuvres. C’est une des magies permises par internet, donc si ma maigre visibilité peut donner lieu à de belles découvertes, alors autant en profiter !
Voici donc ma liste non exhaustive d’influenceur·trices yuri agréé·es par moi-même :
- Anime Feminist / Site – Bluesky – Mastodon : Pas exclusif au yuri mais une référence sur le traitement féminin et queer de nos weeberies. Leurs articles traitent plutôt des animes, mais cela inclut la majorité des adaptations de yuri, en plus d’avoir certains papiers consacrés au manga.
- Erica Friedman / Blog – Bluesky : Figure incontournable du traitement médiatique anglophone du yuri, elle couvre la plupart des sorties du genre sur son blog Yuricon. Elle est également l’autrice de l’ouvrage By Your Side: The First 100 Years of Yuri Anime and Manga.
- Ermiance / Bluesky – Blog : Blogueuse et Blueskyeuse (?) qui parle beaucoup de yuri (mais pas que !) via des reviews et recommandations. Son objectif est de posséder tous les yuri publiés en français. Une noble quête.
- Girlsloveyuri / Instagram : Le nom est assez évocateur. Principalement du partage de news, avec des reviews de temps à autre. Très pratique pour suivre ce qui se passe en anglophonie.
- Julia Popek / Blog – Bluesky – Mastodon : Autrice spécialisée dans le shōjo et son histoire, elle parle de temps à autre du yuri d’il y a plusieurs décennies en arrière, jusqu’à ses origines.
- Yurihimes/ Instagram : Tenu par Lexie et Kai, deux personnes largement coupables de l’allongement sans fin de ma PAL par leurs nombreuses recommandations. Très pratique pour suivre les sorties yuri françaises ET anglaises.
- Source de l’image de une : Illustration par Haamin pour l’édition japonaise n°37 du magazine Galette.




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