On fait dans l’actualité aujourd’hui puisqu’il va être question du magazine Galette, dont la campagne de financement pour le 6ᵉ volume de son édition anglaise vient de débuter. On parle là d’une publication en autoédition mêlant plusieurs auteurices majeurs·es du milieu du manga yuri, qui s’exporte ici à l’international. Cette démarche ambitieuse a de quoi intéresser, c’est pourquoi j’ai fini par m’y pencher en participant à la campagne précédente, pour le 5ᵉ volume.

L’idée de cet article coule ensuite de source. J’aimerais proposer un retour de lecture sur cette édition, son contenu et des détails sur le magazine et le projet en lui-même. Cela sonne très scolaire mais j’espère que ça ne le sera pas (trop). Au pire, la rentrée approche, on va dire que je suis dans le thème.

Enfin, il sera question ici uniquement de l’édition e-book du magazine. Idem pour les goodies proposés, tous ces apparats matérialistes ne me sont guère nécessaires pour apprécier l’art (c’est faux, je suis tout simplement trop pauvre pour m’offrir davantage que la version numérique – on reviendra sur le prix des contreparties par ailleurs).

Le Galette, c’est quoi ?

Le Galette, c’est d’abord un magazine japonais indépendant et autoédité depuis 2017. Il compte à ce jour 38 numéros pour un rythme de publication d’à peu près un par trimestre, soit quatre par an. Ce qui lui permet de coïncider avec la tenue, elle aussi trimestrielle, du Comitia de Kanto, un évènement semblable au Comiket dédié à la vente de doujins, mais ici réservé à des productions originales. Le magazine compte également quelques éditions annexes avec Galette Meets et Petit Galette. Le financement du magazine passe par des soutiens récurrents sur Fantia, à la manière d’un Patreon où différents paliers donnent droit à des avantages de plus en plus fournis.

Les quatre premiers numéros du Galette anglophone ainsi que leurs booklet © Galette Works

Concernant l’édition anglaise du magazine, elle a débuté en août 2024, par le biais d’un financement participatif sur Kickstarter, formule répétée depuis. Un procédé différent de l’édition japonaise qui s’explique certainement par l’immédiateté du projet, prévu pour compter sept volumes au total. Cette expansion anglophone ne devrait pas s’arrêter là, l’équipe du magazine prévoyant déjà de poursuivre au-delà de cette première expérience (qui semble déjà être une belle réussite).

Le résultat final est la parution d’un magazine d’à peu près 200 pages (236 pour le 5ᵉ numéro) accompagné, selon le palier choisi durant la campagne, de différents contenus supplémentaires. La traduction, comme le lettrage, est assurée par Red String Manga, un collectif proposant ses services en direct aux mangakas intéressés. C’est idéal pour de la publication indépendante, comme pour cette anthologie d’Aneide ou, donc, le Galette. À partir du sixième numéro, la traductrice Avery Hutley rejoint le projet avec la charge des séries nouvellement introduites dans celui-ci.

Un autre aperçu des quatre premières éditions © Galette Works

Un projet accessible pour tous, à quelques détails près

Côté contreparties, le projet est assez classique mais fait plutôt le taf. Cela va du plus élémentaire (le magazine au format e-book – en PDF, concrètement) au plus fourni avec un stand acrylique et un set d’illustrations au format carte postale. C’est suffisant pour que soutenir le projet reste accessible selon son budget, surtout quand la moindre livraison fait rapidement exploser le coût. Ici, je me suis contenté de la version e-book qui reste tout à fait convenable, surtout si vous avez une tablette pour la lire.

Pour l’édition numérique du Galette #5 et son booklet, le total m’est revenu à 4000 ¥, soit 21,87 € (bien aidé par un taux de change qui nous reste outrageusement avantageux).
Pour l’édition numérique du Galette #5 et son booklet, le total m’est revenu à 4000 ¥, soit 21,87 € (bien aidé par un taux de change qui nous reste outrageusement avantageux).
Pour le magazine au format physique (et le booklet en numérique), la livraison à elle seule fait presque doubler le prix final.
Pour le magazine au format physique (et le booklet en numérique), la livraison à elle seule fait presque doubler le prix final.

Autre point à considérer niveau budget : rattraper les précédents numéros peut vite devenir compliqué. Chaque nouvelle campagne laisse la possibilité de commander les numéros précédents (en numérique principalement, pour le physique c’est selon les stocks, mais des réimpressions surviennent de temps à autres selon la demande). Un gageur pour quiconque voudrait suivre l’entièreté du projet, mais le coût que cela représente peut vite devenir un frein à son accessibilité. Surtout si vous tenez à inclure les booklet associés.

Exemple ici avec un rattrapage des quatre premières éditions, en full numérique. On dépasse direct la centaine d’euros (je vous laisse imaginer le cout pour le format physique, avec les frais de port).
Exemple ici avec un rattrapage des quatre premières éditions, en full numérique. On dépasse direct la centaine d’euros (je vous laisse imaginer le coût pour le format physique, avec les frais de port).

Retour sur le sommaire (et ma bêtise)

Après les points techniques, on peut dorénavant passer au contenu du magazine.

Sommaire du Galette #5 (édition anglaise) © Galette Works
Le sommaire du booklet du Galette #5 (édition anglaise, toujours) © Galette Works

Le magazine comporte essentiellement des séries, avec plusieurs chapitres pour certaines, selon le rythme qui leur permettra d’être conclues dans le 7ᵉ et dernier numéro (à l’exception de liberty). Il comporte également plusieurs illustrations des mangakas et de quelques artistes (comme ha-min). Elles sont toutes assez jolies et cela donne envie d’avoir l’édition physique pour le côté « artbook » que cela apporte. Le booklet comporte quant à lui plusieurs one-shots, ce qui en fait certainement le support idéal pour découvrir le Galette.

Parce que oui, puisque le magazine inclut seulement des séries, cela rend la découverte en cours de route un peu plus hasardeuse. Je suis maniaque, donc l’idée de lire des histoires dont je n’ai pas le début (surtout que la plupart approchent fortement de leur fin) m’a un peu freiné sur le moment. Une faute d’inattention de ma part, même si cela reste sûrement représentatif de quiconque voudrait s’essayer au magazine en prenant d’abord un seul numéro (vu le coût, je n’allais évidemment pas me prendre l’intégrale d’emblée).

D’où l’importance aussi de pouvoir obtenir les précédents numéros, puisqu’en avoir un seul offre forcément une expérience limitée. Il y a aussi un décalage entre l’expérience du manga en France et celle au Japon, puisque chez nous le volume relié est roi quand cette expérience plus fragmentée en magazine est bien plus répandue. Cela n’empêche pas d’apprécier le contenu pour autant et m’a même convaincu d’obtenir les précédentes éditions pour découvrir le reste.

Je ferai sûrement un autre article, plus tard (à l’occasion de la campagne du septième et dernier numéro), pour revenir plus en détail sur chaque série publiée dans le magazine. J’ai fait au mieux pour proposer une présentation succincte de chaque titre ci-dessous, mais entre l’absence des premiers chapitres et le fait d’éviter au maximum de spoiler (la plupart des titres sont logiquement sur leur fin), l’exercice n’était pas évident. Cela permet tout de même de se faire une idée du contenu proposé, ce qui reste l’essentiel.

Les mangas publiés dans le Galette #5

That woman in the infirmary (ch.10-13) de Miyuki Yorita

Une romance bien étrange entre une prof probablement un peu trop candide et l’infirmière de son établissement, une jeune femme bien mystérieuse. C’est intriguant, surtout que les deux femmes sont aussi anciennes camarades de classe. Même sans avoir certains éléments majeurs de l’histoire, le récit se suffit à lui-même pour donner envie d’en savoir plus, notamment sur cette infirmière, à la fois revenue de nulle et présentée comme dangereuse. C’est très propre niveau dessin avec un trait ravissant. Il y a aussi un couple secondaire avec deux élèves issues d’une précédente série de l’autrice (Ikenai Ano Ko to Ikenai Basho de), chaque histoire se déroulant dans le même lycée. Par contre, au début je trouvais la petite sœur de la protagoniste rigolote, mais je suis un peu sceptique suite à une certaine action aux conséquences assez énervées tout de même.

liberty (ch.10-12) d’Izumi Kitta & Moto Momono

Les retrouvailles entre une star montante de la musique et son ex du lycée, désormais manager. Le manque des précédents chapitres rend l’appréhension de l’histoire vraiment difficile pour celui-ci, même si l’on sent l’attirance magnétique qu’a la protagoniste pour son ancienne copine, et que celle-ci en joue bien. La relation fait rapidement des étincelles, surtout que l’héroïne est déjà en couple avec une autre femme qui semble formidable. Du classique toxic yuri et possiblement du NTR, donc. Pas trop ma tasse de thé en soi (car c’est triste ☹️), mais je reste curieux d’en savoir davantage sur ces personnages.

Vanila de Milk Morinaga

Pour celui-là, je n’ai pas réussi à le resituer dans sa publication, si ce n’est qu’il s’agit d’un one-shot lié à la série Hana & Hina After School. Il a tout l’air d’être un chapitre épilogue/bonus, avec une histoire simple et tranquille sur les héroïnes discutant d’aller à la plage et partant s’acheter de nouveaux maillots de bain. C’est assez mignon, mais le fan service sur la fin n’était franchement pas nécessaire.

That woman in the infirmary © Galette Works
That woman in the infirmary © Galette Works
liberty © Galette Works
liberty © Galette Works
Vanila © Galette Works
Vanila © Galette Works

Fluffy, fuzzy, dreamy (ch.6) de Mera Hakamada

Une autre histoire proche de sa fin, avec une lycéenne qui vit un moment difficile dans sa relation avec son aînée du club de théâtre. C’est (encore) dur à estimer avec seulement un chapitre, mais le sel du couple principal semble tenir entre la candeur de la protagoniste et le stoïcisme de son aînée, qui la rend assez énigmatique (chose dont elle semble jouer).

The Girls’ Arcadia – A Very Special Evening – (ch.5) de Haru Yatosaki

On retrouve Haru Yatosaki, une autrice dont j’ai déjà pu dire tout le bien que je pensais de sa série My Girlfriend Is Devilishly Sweet dans ce précédent article. Ici, il s’agit d’un one-shot sur un couple lui-même issu d’un triptyque présent dans son anthologie The Girls’ Arcadia et dont le chapitre en question provient de sa « suite », Recipe for Arcadia. C’est le genre de cas avec lequel il peut vite devenir difficile de s’y retrouver tant les bases de données utilisées (anglophones surtout) ne sont pas toujours complètes. Pour en revenir au one-shot, il s’agit donc de la petite vie de couple des protagonistes avec un petit moment spicy sur la fin. C’est adorable, superbement dessiné, je veux le reste. Où est le reste, donnez-moi le reste !!

Fluffy, fuzzy, dreamy © Galette Works
Fluffy, fuzzy, dreamy © Galette Works
The Girls' Arcadia - A Very Special Evening - © Galette Works
The Girls’ Arcadia – A Very Special Evening – © Galette Works

Sky blue melancholic (ch.9 & 10) de Ringo Hamano

Un spin-off/prequel d’une autre série de l’autrice, Cotton Candy, centré sur le personnage de Bun (j’aime bien ce surnom). Encore une fois, difficile d’appréhender l’ensemble de l’histoire sans les autres chapitres, mais on est globalement sur du drama de romance lycéenne à grands coups de triangle, voire pentagone amoureux. J’ai beaucoup aimé le style très doux du dessin qui me rappelle Kon Fukaumi. Là aussi, malgré la difficulté à raccrocher les wagons du récit, c’est suffisamment intriguant pour vouloir découvrir la suite (et le début).

I want you to show it only to me (ch.6) de Nekohariko 22

Encore une série avec un dessin ravissant et une romance qui semble plutôt mignonne. Je le dis au conditionnel car dans ce chapitre il y a surtout du drama, mais la relation parait attachante. On est sur une romance entre une fille venue de la campagne et une belle et populaire camarade de son nouveau lycée. Il y a aussi un personnage avec une casquette et un air un peu blasé qui a l’air cool. Un autre titre qui donne envie d’être découvert plus en profondeur.

Sky blue melancholic © Galette Works
Sky blue melancholic © Galette Works
l want you to show it only to me © Galette Works
l want you to show it only to me © Galette Works

Les one-shots issus du booklet

Rainy Thursday de Mera Hakamada

Un jour de pluie, une artiste fait la rencontre d’une gérante de café avec qui elle partage ses doutes sur son avenir. Il y a en trame de fond une rupture difficile et l’histoire a un parfum doux-amer. Elle est portée par une profonde mélancolie tout en étant étrangement réconfortante. Normalement, il s’agit bien de one-shots indépendants, mais j’aurais bien aimé avoir quelques chapitres supplémentaires sur ces personnages et leurs évolutions.

Chance Wolf Meeting de Nekohariko22

Deux collègues d’une clinique vétérinaire aux styles complètement opposés décident de passer la nuit ensemble. L’une est grande, cool et mature alors que l’autre est petite et mignonne, le genre qui donne envie d’être protégé. La première est peu enthousiaste par lassitude de toujours avoir le rôle de celle en maîtrise, il semblerait qu’elle soit plutôt bien tombée. Pas besoin d’en dire plus, au risque que ce soit trop, sachez simplement que le one-shot tourne autour d’une dynamique rigolote. Il y a un peu de contenu explicite dedans (de la nudité principalement), mais tout se déroule entre adultes consentants donc tout va bien.

Rainy Thursday © Galette Works
Rainy Thursday © Galette Works
Chance Wolf Meeting © Galette Works
Chance Wolf Meeting © Galette Works

The Practical Tanabe-san de Miho

Encore des collègues de travail, mais de librairie cette fois, se rapprochent discrètement par de petits hasards du quotidien et d’autres moins hasardeux. C’est une histoire assez simple et mignonne, même si la romance ne va pas très loin. Il y a un trait charmant, surtout qu’il se démarque plutôt des autres mangas présents puisqu’il a un style plus « réaliste », là où le reste tend davantage vers une esthétique plus « moe ».

Excuses & Sparks de Yukino Sakuraya

Deux amies d’enfance commencent à sortir ensemble mais peinent à s’accorder sur l’attitude à adopter avec l’autre. Cela semble un peu deep présenté ainsi, mais c’est avant tout humoristique, l’une étant en panique quand l’autre semble vivre la chose avec bien plus de nonchalance. Elles sont chacune maladroites avec l’autre, la spontanéité de l’une n’aidant pas l’autre à mieux appréhender la situation. C’est globalement un one-shot assez simple dans sa structure et avec beaucoup de tendresse.

The Practical Tanabe-san © Galette Works
The Practical Tanabe-san © Galette Works
Excuses & Sparks © Galette Works
Excuses & Sparks © Galette Works

Pour conclure

La plupart des mangas proposés sont vraiment chouettes et c’est une chance de profiter d’autant de styles différents. Seul regret, c’est de ne pas profiter d’une plus grande variété de genres, également, surtout de la part d’un magazine indépendant. On reste quasiment que sur de la tranche de vie, ou des récits ancrés dans notre quotidien. Avoir droit à des histoires de fantasy, de SF, du policier ou que sais-je aurait pu être sympa pour sortir un peu de genres déjà surreprésentés dans l’industrie. Cela n’enlève rien à la qualité des histoires déjà présentes, qui n’auraient peut-être pas elles-mêmes pu être publiées dans le circuit standard, ou pas dans leur forme actuelle du moins.

Toutefois, sur onze titres, six portent sur des protagonistes adultes, ce qui reste une bonne surprise tant la romance adolescente est elle aussi surreprésentée dans les mangas (et pas que le yuri).

Pour le reste, le magazine est vraiment qualitatif. La mise en page est belle, bien aidée par les superbes illustrations dont il bénéficie. Je l’ai déjà dit, mais cela donne très envie d’avoir l’objet physique pour le ranger dans sa bibliothèque. Un point d’amélioration qui concerne surtout les nerds dans mon genre, ce serait d’avoir avec chaque chapitre l’information sur sa publication originale (quelle édition du Galette, l’année…). Cela permettrait de mieux situer chaque œuvre, certaines ici datant du début du magazine (Fluffy, fuzzy, dreamy) quand d’autres sont bien plus récentes (I Want You to Show It Only to Me). Pour ajouter ces titres, notamment les one-shots, manquants aux bases de données comme Anilist, c’est toujours plus pratique d’avoir facilement ce genre d’informations.

C’est tout pour cette présentation du Galette et mes retours dessus. Globalement, je suis content d’avoir participé au financement du projet et me prépare à casser la tirelire pour rattraper mon retard sur les précédentes éditions. Le Kickstarter du sixième numéro est encore en cours jusqu’au 3 septembre, pour ceux que cet article aurait donné l’envie de soutenir également le projet. Pour les plus hésitants, ceux dont les finances ne le permettent pas sur le moment ou simplement qui découvrent cet article un peu plus tard, il restera toujours la campagne du septième numéro pour se rattraper. D’ici là, je tâcherai de faire un article plus complet sur les séries publiées, même si la présentation faite ici donne déjà une certaine idée de leurs contenus.

Vous pouvez suivre l’actualité du Galette sur leur page Kickstarter et leur compte Bluesky.

Galette Vol. 6 launches on Kickstarter on August 19 at 9:00 AM (Japan Time)! www.kickstarter.com/projects/gal… Thanks to your continued support, we’ve been able to bring the first five volumes to life. And now, we’re ready for Vol. 6. The project goes live on August 19 at 9:00 AM JST!

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— galette official* (@galetteweb.bsky.social) 16 août 2026 à 09:58

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